Pendant longtemps, le corps médical était un peu impuissant, et disait qu’une grippe mal soignée dure une bonne semaine, alors qu’une grippe bien soignée ne dure pas plus de huit jours ...
Et puis sont apparus de nouvelles familles de médicaments, des antiviraux, dont certains seraient efficaces contre le virus A/H1N1 2009, en particulier. Les avis sont partagés : certains disent que c’est le moment ou jamais de s’en servir, d’autres pensent qu’il vaut mieux les réserver pour lutter contre des virus encore plus dangereux, et d’autres encore expriment des doutes sérieux sur leur efficacité et leur innocuité. La revue "Prescrire", en particulier, estime que :
"Ces effets indésirables (visuels et cardiaques) s’ajoutent aux troubles psychiques, cutanés et digestifs qui pèsent lourd face à des bénéfices très modestes dans la prévention ou le traitement de la grippe [1]."
L’efficacité (contestée) de l’osetalmivir sur le virus A/H1N1 "pandémique" de 2009 est en soi une bonne surprise : le rapport épidémiologique hebdomadaire de l’OMS du 27 février 2009 [2] affirme qu’à cette date :
"Les virus H1N1 résistant à l’oseltamivir, un inhibiteur de la neuraminidase, sont prédominants dans la plupart des régions du monde".
(Le même rapport publiait également ce jour-là les recommandations de l’OMS pour les vaccins anti-grippe saisonnière 2009-2010 ainsi que des données sur la grippe "aviaire" H5N1).
L’osetalmivir a été développé un peu avant 1996 par Gilead Sciences [3] qui possède le brevet et vend la molécule (pour 50 millions de dollars et 10 % du chiffre d’affaires) au groupe suisse Hoffman La Roche qui possède la licence exclusive sous la marque commerciale Tamiflu®+©=$$$. Ils ont eu la "chance", dans le meilleur des cas, disent certains, que le virus A/H1N1 de 2009 ne soit pas résistant à l’osetalmivir, à l’inverse des virus grippaux de type A/H1N1 résistants à l’osetalmivir qui prédominaient encore dans la plupart des régions du monde la dernière semaine de février 2009.
L’Organisation Mondiale de la Santé les recommande sans réserve dans les cas graves (21 août 2009), et insiste sur l’importance de les prescrire tôt, "de préférence dans les 48 heures suivant l’apparition des symptômes", car celà "améliore l’issue clinique" [4].
"Les données examinées par les experts indiquent que, prescrit à bon escient, l’oseltamivir peut réduire sensiblement le risque de pneumonie (une des premières causes de décès pour la grippe pandémique comme saisonnière) et la nécessité d’hospitaliser."
La France possède des stocks considérables d’antiviraux, correspondants à 24 millions de traitements au Tamiflu et 9 millions au Relenza, achetés en prévision d’une vaste pandémie de grippe "aviaire" H5N1. Il existe une date limite à leur utilisation. Début 2010, pour certains lots ...
Toutefois, une étude rendue publique ultérieurement, le 29 octobre 2009 montre que l’oseltalmivir exacerbe la virulence du virus "2009", in vitro [5]. Le Dr Marc GIRARD, Conseil en pharmacovigilance et pharmacoépidémiologie et expert européen AEXEA, note que :
c’est d’ailleurs l’occasion de remarquer que dans les décès de jeunes gens qui ont été outrageusement médiatisés ces derniers temps, la prescription de Tamiflu semble avoir été systématique. Et je rappelle que, selon la pratique réglementaire pourtant systématique que les autorités semblent avoir subitement oubliée, lesdits décès – indûment imputés à la grippe – eussent dû être rapportés à l’AFSSAPS comme complication à tout le moins potentielle du Tamiflu. [6]
Le 17 novembre 2009, le virologiste Vincent Racaniello publiait un article intitulé "Tamiflu-resistant pandemic influenza H1N1 virus selected by prophylaxis" dans lequel il affirme au sujet de l’usage "préventif" du Tamiflu : "Unfortunately, using sub-optimal levels of an antiviral drug is a recipe for disaster.". "Malheureusement, utiliser des antiviraux sous-dosés est la recette pour un désastre" (parce que celà sélectionne presque à coup sûr des virus mutants résistants aux antiviraux).
Le 8 décembre 2009, le British Medical Journal publiait un article présentant le très faible niveau des études d’efficacité de l’oseltamivir (alias Tamiflu) publiées par la firme fabricante Roche. Le 18 décembre 2009, le responsable de la pharmacovigilance japonaise, Rokuro Hama, ajoutait : "Le Tamiflu n’est pas seulement inefficace, il est surtout dangereux. Voilà le problème.".
Enfin, le laboratoire de virologie de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, a transmis le 19 novembre une communication rapide publiée le 10 décembre 2009 dans "Eurosurveillance, Volume 14, Issue 49, 10 December 2009" : des patients hospitalisés traités au Tamiflu excrètent encore le virus plus d’une semaine après leur guérison apparente. Cette prolongation de la durée d’excrétion du virus après guérison, qui avait déjà été mise en évidence chez des patients immunodéprimés traités aux antiviraux, se produit donc également chez des patients qui ne sont pas immunodéprimés, et est suceptible de conduire à l’émergence de mutants résistants à l’osetalmivir (mutation H275Y du gène N1 de la neuraminidase).
Le lendemain de cette publication, c’est un malheureux hasard, le 11 décembre 2009, le gouvernement français décidait de distribuer "gratuitement" en pharmacie les stocks de Tamiflu de l’Etat qui allaient bientôt être périmés ! Et d’étendre son AMM en toute illégalité, selon ce blog tenu par un médecin ou le Collège des Généralistes Enseignants, entre autres, puisque sans modification de l’AMM européenne la Direction Générale de la Santé (le ministère) recommande (ordonne presque !) aux médecins estomaqués de désormais systématiquement prescrire du Tamiflu dès qu’il y a suspicion de grippe, soupçon de grippe, syndrômes grippaux, proches de malades soupçonnés d’avoir des syndrômes grippaux, sans tests, ni suivi spécifique, "préventivement" !
Les médecins n’apprécient guère, et certains ont lancé une pétition-lettre ouverte "Grippe A/H1N1 et déstockage" adressée à Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, et signée par plus de 400 de leurs collègues en deux jours : ils lui demandent, en gros, sur quelles études inconnues de la communauté scientifique peut bien se baser la DGS ? Quels "experts" ont conseillé le gouvernement ? Sont-ils indépendants de tout conflit d’intérêt ?
Il y a aiguilles sous ROCHE® et, si en plus de ses effets secondaires importants le Tamiflu®+©=$$$ sélectionne des virus plus coriaces en France, on saura grâce à qui !





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