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Accueil du site > Des livres et nous > L’insurrection qui vient lundi 24 novembre 2008, par Minga

Comité invisible

L’insurrection qui vient


Vous pensiez qu’il était compliqué de devenir terroriste ? Qu’il fallait un stage chez Al Qaeda pour ouvrir une épicerie de campagne ? Même pas ... Désormais, il suffit de posséder une corde d’escalade (merde ... j’en ai une !), des horaires sncf (zut, ça aussi, j’en ai ...), et du fer à béton pour se retrouver 4 jours en garde à vue puis en détention "provisoire" pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" (aie, aie, aie, j’ai quelques ferrailles qui restent de quand j’ai refait une dalle de béton. Merde, merde, merde ! Sont-ils déjà en route pour venir m’arrêter ? Je suis innocent ! Moi, les fers à béton qui restent, c’est du diamètre 8 !)

L’histoire fait les choux gras de l’actualité : de dangereux terroristes auraient été surpris en train de saboter des caténaires SNCF (pardon : RFF). Leur arrestation ultérieure, puisqu’il n’ont pas étés pris sur le fait, fut du grand spectacle. Le petit village de Tarnac (300 habitants) investi par les forces spéciales anti-terroristes n’en est toujours pas revenu ! Et quelques jours après, le discours officiel ne retenait plus guère comme "preuves" que les "pièces à conviction" citées. Plus une : un livre. Avec une aussi bonne publicité, tout le monde s’est intéressé à ce mystérieux livre : que contient-il de subversif au point de faire de l’un de ses auteurs un terroriste présumé ???

On y lit :
- "Ce livre est signé d’un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n’en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n’ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont faits les scribes de la situation. C’est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène en bonne logique à la révolution. Il suffit de dire ce que l’on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion."

C’est sans doute en celà que ce livre est le plus subversif, et mérite d’être lu. Toute la première partie, la plus importante, est consacrée à cette question. Ce n’est pas une crise de société, c’est une fin de civilisation :

- "Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. À ceux qui voudraient absolument espérer, il dérobe tout appui. Ceux qui prétendent détenir des solutions sont démentis dans l’heure. C’est une chose entendue que tout ne peut aller que de mal en pis. « Le futur n’a plus d’avenir » est la sagesse d’une époque qui en est arrivée, sous ses airs d’extrême normalité, au niveau de conscience des premiers punks."

La seconde partie de l’ouvrage est un appel à la résistance et à l’action directe (y compris illégale) fondé sur l’idée de créer des Communes (au sens de la Commune de Paris en 1871). Sur le plan pratique, c’est également un rappel sans fard de toutes les techniques de survies en milieu capitaliste hostile utilisées courament dans notre société, dite "civilisation".

A mon humble avis, le "Comité invisible" exprime une révolte "au niveau de conscience des premiers punks", et la baptise révolution. On y retrouve le même nihilisme. Là où ils n’ont pas tort, et où leur livre est éminément subversif, c’est qu’ils se sont effectivement contentés de "mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure : ils se sont faits les scribes de la situation". Mais en appellant à la désobeïssance civile voire au sabotage économique (mais jamais au "terrorisme"), on prend le risque d’être plus que contre-productifs, de servir d’alibi au pouvoir régnant pour encore accroitre le contrôle social et les forces de répressions. C’est sans doute ce qui leur est arrivé ... A leur corps défendant, qui aurait pu prévoir qu’un livre qui n’appelle jamais à terroriser et encore moins à tuer, fut-il "subversif", pouvait être accusé de "terrorisme" ?

Après avoir lu ce qui s’est écrit à leur sujet et vu quelques vidéos issues de l’actualité, j’en viens à me demander pourquoi les forces anti-terroristes les ont suivis six mois ??? Pour chercher des preuves ? Ou a t’il fallu six mois avant de les voir pisser près d’une voie ferrée ? Et pour arrêter ces "dangereux ultra-gauchistes" surveillés depuis six mois, pourquoi attendre qu’ils rentrent chez eux ??? Pour la télé ?

La qualification de "terrorisme" pour ce qui serait selon l’accusation tout au plus du vandalisme, sans aucune volonté de terroriser qui que ce soi, semble outrancière, les vingt ans de prison encourus si énormes par rapport aux faits, que nombre de médias doutent franchement des versions officielles (Le Monde, Libération, France 5, Canal +, ....). Des comités de soutien se sont créés.

En arrêtant les auteurs d’un tel livre, l’état lui fait une publicité incroyable : pas plus tard que ce soir, j’ai vu quelques vaches qui, au lieu de brouter tranquillement en regardant TF1, s’étaient attroupées le long de la voie ferrés pour regarder passer les TGV de manière suspecte ...

Lu par 1418 personnes depuis le lundi 24 novembre 2008


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