Nous regrouperons, au sein de cette tribu disparate, aussi bien les artistes de scène et de cinéma, que les auteurs, les réalisateurs, les peintres, les vidéastes, et tous ceux qui vivent pour leur rêve de création, et en crèvent littéralement quand ils ne veulent pas passer sous les fourches caudines de la récupération publicitaire ou politique. Chacune de leur trajectoire est singulière et le plus souvent, ces précaires ne sont jamais dans bonne case pour être aidés dans les mauvaises passes. En France, les plus exposés sont les comédiens, les cinéastes et les littéraires car dans ces domaines juteux, les lois truquées du marché jouent avec plus de puissance qu’ailleurs, et comme la zone francophone est réduite en une peau de chagrin, on voit les mêmes éternelles figures occuper le terrain depuis des années. Parmi eux quelques talents certains, mais surtout, de plus en plus d’imposteurs et de récupérateurs décomplexés qui font travailler leur nègre et surfent sur toutes les tendances. Ils jouent gagnant à tous les coups, car la notoriété organisée par les coteries et les media de la capitale fait toujours référence, et la grande rumeur portera aussitôt aux quatre coins du monde les noms "connus" de ceux qu’on lui aura désignés. Et quand bien même il s’agira de traîner leurs"création", ou ce que qui s’y apparente, dans la boue, comme cela est si souvent arrivé à des faiseurs patentés, le système reste efficace. On pourrait citer dans ce cas B.H.L., César, PPDA, Beigbeder, Houëllbecque, Nottomb, Attali, Giscard d’Estaing, ( l’écrivain académicien d’un seul roman), et bien d’autres "célébrités" dont la liste remplirait plus que cette page. Car désormais, peu importe que la critique soit bonne ou mauvaise. Pour vendre, la seule chose qui compte vraiment, c’est qu’on en parle dans les salons et à la télé. Le pire qui puisse arriver à un "produit culturel" est le SILENCE. La mécanique de brouillage du starsystem est désormais parfaitement huilée. Pour comble de malheur, ceux qui pourraient soutenir les moutons noirs de la vie culturelle ne sont quasiment jamais au rendez-vous, autant du fait de leur faible pouvoir d’achat ( les prix du théâtre, du cinéma et du livre ont atteint des sommets)que de leur tendance naturelle à simplement se conforter dans leur position rebelle en descendant en flamme les imposteurs qu’il auront repérés, renforçant, par là même et en toute innocence, la célébrité de ceux qu’ils souhaitent attaquer.
L’omerta des media, la distribution restreinte et éphémère, sont une forme de censure autrement plus efficace que celle d’un quelconque Politburo. Une manière d’affamer tous ceux qui se cognent au plafond de verre qui les sépare du petit cénacle d’élus. Car une fois que les barons ont croqué la galette, il ne reste pas grand chose pour les petits oiseaux... Imaginez ce qui arrive lorsque tout se bloque : pas d’argent liquide, pas de téléphone, pas de chauffage, électricité coupée, les huissiers qui fondent sur vous, et finis l’Internet et les mirages du portable pour appeler les bobos au secours. Seul demeure l’impératif de survie immédiate face à un monde de transparence totale au service du droit du plus fort. Les absurdités de la protection sociale vous sautent à la gueule, très vite, face au méandres de la bureaucratie et des aides annoncées auxquelles vous n’aurez pas droit, vous comprenez que vous allez comme les autres, glisser jusqu’aux cartons sur les trottoirs. A moins que vous ne retrouviez soudain la rage de le dire sous une forme assez divertissante pour séduire un éditeur, quitte à jeûner pour pouvoir acheter une cartouche d’encre avec vos derniers euros. Et c’est après cette apparente victoire, que vous découvrirez que les dès sont pipés et que personne ne vous lira puisque personne ne saura que votre livre existe. Parmi ces rejetés, des enragés persistent, qui par un retournement insolent font de leur condition d’exclus une arme. "Inconnu à l’adresse Indiquée" est un de ces romans politiques écrits sur un ordinateur acheté chez Emmaüs, avec le bout des doigts qui gèlent. Ce que l’auteur raconte n’est pas le résultat d’une pose égotique, mais un constat sans concessions de l’état de dictature informatisée dans lequel nous nous mouvons avec une fallacieuse impression de liberté tant que notre carte de crédit fonctionne. On pourrait remplacer "livre" par "film", "pièce" "concert"ou "exposition". La démonstration vaut aujourd’hui pour toute forme d’art. Les maîtres du spectacle veulent des philosophes et des artistes tenus en laisse, mais il n’y a de niche que pour les chiens ! Si la bourgeoisie mondiale occupe si pleinement le terrain des media, c’est parce qu’elle monopolise partout le champ de la célébrité et a fait de l’art sa marchandise de choix ( voir le succès de Christie’s) A nos réseaux de le reconquérir afin que ceux qui s’expriment au nom des opprimés ne soient pas relégués dans les sous-sols de la FNAC ou les combles d’un producteur.





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