L’Europe avait jeté le voileSur le nouveau crime racial ;Sarajevo ou Vukovar,C’était trop loin : ce fut trop tard.La mort nous garde en ses annalesL’image des rues qui s’effarent.Entre les feux plantant leurs dardsRampent des terreurs animales ...Modernité pressée, sans souvenirs,Les fleuves des mémoires n’ont pas su dire :Mourir de sa race est deux fois mourir.Qui donc oublieAnna Marly ?Anna Marly chantait les motsLongtemps dérobés aux radios.Paris quittait les jours de guerre ;Un soir de juin baignait ses pierres :La foule au Palais de Chaillot,Entre les murs emplissaient l’air ;Ses voix divisaient les lumièresOù montait l’arbre des échos.Souffle brûlant, perdu, vent de Russie,Chaleur courant les ondes, ell’ nous apprit :Seule meurt l’humanité qui se renie.Qui donc oublieAnna Marly ?Souvenez-vous de la « complainte »,Souterraine, à demi éteinte,Murmure tendre et entêté,Grave, indolore et mesuré.Entre deux sols, sinueuse empreinte,L’eau des guitar’ étinceléesSourdait, vibrante et dispersée,Drainant la terre en son étreinte.Vous, guerres d’aujourd’hui et crimes sombres,La source éclate encore de bras sans nombreEt ne retournera jamais dans l’ombre.Qui donc oublieAnna Marly ?





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